Règlement de compte suite à l’affaire Weinstein


Je ne sais pas qui a dit sur « France Inter », qu’en France ça n’arrivait jamais !
Puisque on en est aux confidences, en ce qui me concerne j’vais vous parler d’un pervers de ce métier, et y en a beaucoup plus qu’on ne croit, même en France, les pervers n’ont pas de frontières (ni les perverses du reste) j’vais vous raconter une anecdote, une bien bonne qui m’est arrivé ! … enfin bien bonne, tout dépend où l’on se place, vous verrez bien, vous jugerez par vous-même.

C’était il y a une trentaine d’années…  Dans les années 90. Je m’en souviens comme si c’était hier…
Mon agent de l’époque enjoué (une fois n’est pas coutume) m’appelle : « un gros producteur vient sur Paris pour préparer son prochain film sur le Tour de France, y aurait Robert de Niro dans la distribution, il est à la recherche du premier rôle: un type très sportif plutôt bonne gueule (à l’époque je correspondais à ce critère … sans commentaires) tu as rendez-vous aujourd’hui avec lui dans le Grand Hôtel Le Bristol, faubourg St honoré, dans sa suite… »
Whaouah !!! et si c’était la chance de ma vie!
J’arrive à l’heure dite. J’arrive à la réception le tôlier me fait les recommandations d’usages…
– Bonjour. Oui monsieur, j’peux vous renseigner ?
– J’ai rendez-vous avec Monsieur Spector, je suis Geoffroy Thiebaut.

Léger sourire de sa part

  • Oui, je vais vous annoncer… il décroche un téléphone compose un numéro « Mr Spector? Mr Geoffroy Thiebaut est à l’accueil… très bien… Il raccroche. Monsieur Spector va vous recevoir, 5 ème étage, chambre numéro … ( j’vous avouerais, le numéro j’l’ai oublié mais pas ce qui va suivre).

J’arrive devant la porte, j’ai le trac, un brin méfiant je ne sais pas pourquoi, une mauvaise intuition sûrement … Je frappe, pas de réponse, je refrappe, quelques secondes s’écoulent – un homme, en peignoir blanc, m’ouvre tout sourire : Mr Spector! plutôt sympathique à première vue, s’excuse de sa tenue (dans un accent américain très prononcé) . Visiblement il est en retard, il n’a pas eu le temps de s’habiller…

  • Lui : Je suis à vous de suite, prenez ce que vous souhaitez…
    Moi : Vous parlez français j’espère car l’anglais et moi ça fait 2…
    Lui : Oui un petit peu, on va se débrouiller, ne vous inquiétez pas…

Sympa le Spector !

Une grande table est dressée pour l’occasion dans le salon (probablement pour les comédiens qui vont postuler pour le rôle) elle est recouverte d’un drap blanc en guise de nappe, victuailles de toutes sortes: corbeille de fruits exotique trônant au beau milieu. Dans un grand plat en argent : différents fromages plus alléchants les uns que les autres, charcuteries, pains, croissants se bousculent… verres en cristal, assiettes en porcelaine, couverts en argent, boissons, vins, jus de fruit, eau gazeuse, rien ne manque ! bref un vrai banquet de mariage, gastronomique !…

  • Lui : Allez, mettez-vous à l’aise, mangez ce que vous voulez ce qui vous fait plaisir, je reviens tout de suite, je vais me changer…
    Comme je sors de deux heures de sport , j’ai une faim de loup! ça tombe bien! je me jette sur la nourriture, je m’empiffre tout ce que je peux avaler, je bois pour la circonstance un petite coupe de champ pour me sentir « plus léger, plus décontracté »…

L’homme revient dix minutes plus tard, toujours avec son sourire figé habillé d’une chemise et d’un pantalon…tout va bien… je suis tombé sur quelqu’un de correct, à priori…

  • Lui: ah ahhh ! vous avez bon appétit à ce que je vois, tout ça, c’est pour vous si vous le souhaitez ahh ahhh !
    Il se fout de ma gueule ou il est sérieux ?
    Avalant ma dernière bouchée un peu gêné, lui très amical comme si nous étions déjà deux bons potes il me prend par l’épaule et me confie :« Vous savez que grâce à moi vous pouvez devenir THE KING ? »

The King, ça commence bien ! Ah oui, the King ??? ben alors allons-y ! je lui expose en deux minutes qui je suis, d’où je viens et quel est mon parcours professionnel jusqu’à présent… Il boit mes paroles ! Il opine de la tête, il approuve : « GOOD GOOD ! Comme vous le savez sans doute, je suis l’un grand des plus grand agent d’hollywood. Nous préparons actuellement un film qui va se tourner en France dans quelques mois et nous cherchons le rôle principal. Le scénario n’est pas encore terminé, c’est pour cela que je ne peux rien vous donner pour le moment »
Il m’explique en deux mots l’histoire … du Tour de France:

  • « Vous savez l’homme que je recherche doit être très séduisant, ce que vous êtes – Merci – et surtout très sportif. Vous semblez musclé, mais à travers vos vêtements j’ai un peu de mal de me rendre compte, je vais vous demander, si ça ne vous dérange pas de vous mettre en slip, juste pour les besoins du film naturellement… ahhh ! dit-il en riant… je reviens tout de suite ».

Il s’éclipse, juste le temps de me poser quelques questions, (plutôt curieux qu’il se justifie déjà et pourquoi me demande-t-il de me foutre en slibard au bout de deux minutes de notre entretien mais bon… j’dois sûrement m’inventer des histoires, je pense qu’il est pressé, qu’il a d’autres personnes à voir… que je ne suis pas le seul sur la liste)…
qu’il revient toujours avec ce sourire bien particulier tenant à la main comme si il s’agissait d’un trophée UN SLIP …

  • « Pouvez-vous mettre ce slip il doit être à votre taille… Il est propre bien entendu … »
    Tant mieux … Surréaliste …
  • Moi : « Monsieur, je sors à l’instant de mon centre sportif et j’ai justement mon slip de bain dans mon sac… »
  • Sourire figé de sa part « ah, Oh… ok ok, no problem, perfect… »
    Heureusement, il croit tout de même pas que j’vais foutre son slip de merde et en plus devant lui !
    Moi: « La salle de bain s’il vous plaît ? »
    Lui: « Ah oui pardon of course… à côté de la chambre »
    J’y cours, j’me fous à poil, j’enfile mon maillot de bain, style moule-bite mais bon je préfère le mien que le sien tant qu’à faire… et je reviens dans le salon tel un gladiateur quittant son vestiaire et arrivant dans l’arène …

Grand sourire de Monsieur Spector.- Lui :« hum, perfect GOOD good perfect, you are perfect! Est-ce que vous pouvez faire vos muscles ?

– Moi :J’vous demande pardon?
– Lui : Est-ce que vous pouvez faire des pompes? c’est comme ça qu’on dit in French ?
Moi en mimant le geste et en me marrant: Des pompes?
– Lui éclatant de rire : Exactly Jeffrey, yes des pompes !!!
Je m’exécute. Pourquoi pas ?
Et me voilà au beau milieu de la pièce faisant des pompes 1, 2,3 … 12,13,14…
– Moi : c’est bon là ?
Il a disparu. Je sais pas où il est exactement ce con, il n’est pas dans ma ligne de mire. Il est derrière moi…Mauvais pressentiment ?
– Lui : Good good continuez perfect, beaux muscles !
Silence. Qu’est ce qui fout il s’pignole ?
Je continue 15, 16 … 21,22… Bon cette fois-ci c’est bon !
Je me relève ! J’en prends l’initiative car je trouve la situation complètement burlesque, absurde.
Il est tout sourire plus que jamais.
– Moi soulagé : « ça vous va comme ça ? »
– Lui : Yes you are perfect! Just one minute please! …
Il tourne autour de moi tel un acheteur examinant la statue qu’il va acheter, finit par toucher mon nez.
-Lui : Are you nerveous?
Moi : Euh, non, juste un peu… un peu essoufflé…
Il soulève mon bras, passe son index sous mes aisselles, constate qu’il est humide par la transpiration puis il le passe sur ses lèvres, sur sa langue…
– Lui : Vous transpirez vite ! good ! Détendez-vous, (il doit commencer à sentir sûrement une certaine réticence de ma part) Comme pour se justifier une fois de plus:
– Lui : « Entendez-moi bien, j’ai absolument besoin de savoir si vous avez de l’endurance you understand ? l’homme que nous cherchons, c’est un vrai sportif, un battant, un homme qui va mettre tout son courage toute sa force pour gagner ce tour de France, il y croit ! Le spectateur devra l’admirer, s’identifier à lui, à vous ? ? Nous voulons faire un film façon Rocky mais c’est un cycliste pas un boxeur, vous comprenez ! Je recherche quelqu’un, exactement comme vous » Il a l’air très convaincant…
Moi essayant de faire diversion et d’amener un peu d’humour :

  • « oui I understand, il veut être le King ! il peut-être le King ! il sera le King ! JE serais CE KING »
    Il éclate de rire « Ahhh ahhh ! Good boy I love it ! »

Il en profite pour remonter mon slip par derrière comme tout bon tailleur qui se respecte et qui souhaite que sa pièce (en l’occurence « mon moule-bite ») soit bien ajusté à mes fesses, (je rappelle, il est juste producteur… N’est pas Yves saint Laurent qui veut)
À partir de maintenant je sais que je suis pris dans un traquenard, que je suis tombé sur un grand malade mais rien pour le moment ne me laisse supposer vraiment quoi que soit à part sa conduite des plus étranges…
je veux en avoir le coeur net ! jusqu’où peut-il pousser le bouchon ?

  • Lui: « Venez sur le canapé, je vais vous expliquer l’une des scènes primordiales »
    Nous y voilà !!!
    Moi, toujours en slip: « je vous écoute » mais n’en menant pas large.
    Il me fait signe de venir m’asseoir à côté de lui. Prend un ton très sûr de lui et me tapotant sur mon torse avec sa main:
    –  » Grâce à moi vous pourrez devenir le King comme vous dîtes… »
    puis en m’enlaçant me susurrant dans l’oreille,
    – « vous m’entendez, le KING !!! vous aimeriez décrocher ce rôle et jouer au côté de Monsieur De Niro ? »

Oui bien sûr… quoique …

  • Lui: « Ça va, Geoffrey tout va bien, n’est-ce pas, ahhhh ? »
    Non tout va pas bien ! Et là qu’est-ce qui m’a pris, j’ai explosé, suis parti en sucette, je ne serai jamais le King !!! je le sais, trop tard j’m’en fous ! Je le saisis par le colbac, le menace:
  • « Tu l’ vois celui-là (désignant mon poing) c’est à toi de m’écouter espèce d’ordure, tu continues j’t’explose la tête !
    Lui: ok ok no problem…relax man…
    « y a pas de relax man, Spector de mes couilles, tu vas faire ça au prochain, hein ? tu vas faire ton petit manège à tous ceux qui vont défiler aujourd’hui et tu vas bien tomber sur un pauvre type qui croira qu’il peut devenir le King comme tu dis grâce à toi mais fais gaffe tu pourrais tomber sur un plus malade que toi et te retrouver en victuailles sur cette table, t’as de la chance, t’es tombé sur un gentil, un doux sur ce j’vais m’ rhabiller et t’avises pas de faire monter les groums service, j’connais la sortie!!! »
  • Je me suis rhabillé en 2 temps 3 mouvements, je suis passé devant lui toujours affalé sur le canapé, abasourdi ne sachant probablement ce qui lui était arrivé.  Je suis rentré, dépité, écoeuré sans oublier d’appeler mon agent pour lui raconter ce qui m’était arrivé, elle était désolée mais me dit-elle, ce sont des choses parfois qui arrivent… qui arrivent… bien sûr j’suis con … Ah bon désolé j’ferais mieux la prochaine fois… Sur le moment j’ai regretté mon geste, j’aurais dû être plus modéré sans doute…

Je pense à vous surtout mesdames, mesdemoiselles qui devaient subir ça au quotidien et qui n’êtes pas toujours en mesure de vous défendre …
J’aurais encore tant de belles choses à vous raconter de ce type malheureusement mais j’en laisse le soin aux autres …

Tout ça pour vous dire et conclure que nous « artistes » sommes des proies si faciles si fragiles devant tous ces porcs ! hommes comme femmes ça nous arrive, ça arrive encore ! pas à moi j’ai plus l’âge mais là pour le coup ça m’est arrivé par des hommes, par des femmes qui avaient LE POUVOIR de nous la mettre profond !!! oui ! et qui m’ont toujours bien fait comprendre que si « je couchais » je pourrais obtenir tout ce que je voulais ! Avec toujours plus d’élégance et sans force… mais si tu te refuses à elles, à eux alors ils, elles te le font payer cher après, longtemps après …

Voilà donc pour « l’anecdote »

Je ne reviendrais donc pas sur l’affaire Weinstein ni celle des inrock (Bertrand Cantat en couverture de ce mensuel, responsable de la mort de Marie Trintignant) tout est dit plus qu’on aurait pu imaginer c’est l’avantage ou le désavantage des réseaux sociaux, on dit tout et n’importe quoi le vrai du faux tout et son contraire mais juste deux ou trois choses de mon point de vue, je voudrais revenir sur le fait de savoir faut-il coucher ou pas pour réussir? pour ma part je n’ai jamais couché pour réussir et je n’ai pas commencé ce métier en me disant « Tiens,  j’vais  commencer par me taper tous les mecs et toutes les gonzesses influentes de ce métier si je veux réussir » ! Non, soyons sérieux le métier d’artiste ne se résume pas et vous le savez aussi bien que moi à ces fantasmes ou à ces parties jambes en l’air, ce serait assez réducteur comme démarche artistique ne croyez-vous pas ? Mais d’après certains journalistes, il n’ y aurait que nos vraies stars françaises qui auraient été beaucoup plus perspicaces, plus fortes plus adroites plus intelligentes que nous et qui auraient ainsi échappé aux avances de ces détraqués sexuelles ? Ah bon? pourquoi pas après tout. J’ai dû être sûrement naïf, gentil et finalement trop con pour avoir été manipulé et berner par ces gens là ! Il faut être extrêmement habile d’échapper ainsi aux avances de certaines car oui, ça m’est arrivé de me retrouver face à des situations délicates souvent gênantes parfois honteuses.

Est-ce que j’ai réussi pour autant ? du reste que veut dire réussir ? être connu et reconnu des médias- people afin que ceux- ci puissent parler de nous ? Ou simplement vivre de sa passion sans qu’on se précipite sur vous dans la rue ? Pour ma part j’exerce ce métier depuis presque 40 ans et je n’ai pas à rougir de mon cv ! Mais j’ai souffert de ne pas avoir pu toucher (du moins pour le moment ) le « nirvâna » de la profession comme des milliers, je veux dire espérer le premier rôle … Braquo m’a ouvert les portes grâce à mon pote Marchal mais tout le monde n’a pas la chance d’avoir un Olivier Marchal avec soi (petit rappel il a écrit le personnage de Vogel dans la première saison exclusivement pour moi, n’est-ce pas là d’ailleurs l’une des plus belles formes d’amitié et je n’ai pas couché avec lui, ça c’est pour l’anecdote) …  sachez tout de même que j’ai été, moi aussi, face à des personnes abjectes, oui.  Certaines femmes ont essayé « d’abuser » de moi!  Mais peut-on être abusé (et non pas harcelé) par la gente féminine qui avaient plein pouvoir ? Elles m’ont fait aussi comprendre d’une manière beaucoup plus adroite et beaucoup plus fine qu’un homme et surtout sur le ton de la plaisanterie que je commettais une erreur. Et bien oui, il en existe ! et ce n’est pas réservé justement aux actrices ! Les acteurs peuvent subir ce genre de « traitements de faveur » ! … Tant mieux aux acteurs qui ont su échapper à cette machiavélique manipulation. Croyez-moi, je l’ai payé assez cher !  la question que je me pose: comment ces femmes-là pouvaient-elles utiliser la même « philosophie » que celle de leur rivaux ? Je n’en sais rien et je ne peux pas répondre … je suis attristé, déçu d’en arriver là et de déballer tout ça aujourd’hui … Naturellement depuis l’eau a coulé sous les ponts. Mais je n’ai pas été le seul malheureusement dans cette situation. J’organise en ce moment un atelier dans un cour d’art dramatique parisien où je parle entre autres de ma propre expérience pour justement essayer de faire comprendre aux élèves, à nos artistes de demain qu’ils doivent prendre conscience de ne pas tomber dans cette infernal spirale de la séduction qui peut un jour ou l’autre se retourner contre eux … car c’est là tout le problème : séduire ! Mais  séduire n’est-ce pas avant tout être SOI ?…

Vaste sujet …